La vedette du jour :
Chirocephalus diaphanus Prévost, 1803.
- Sa morphologie détaillée et son fort dimorphisme sexuel.
- La carte des stations connues.
- Ses œufs de résistance.
C. diaphanus est un crustacé appartenant à la classe
Branchiopoda, sous-classe
Phyllopoda (de phyllos, feuille et podos, pied) Ordre
Anostraca.
Leurs appendices thoraciques sont foliacés et servent à la fois à la locomotion, à la respiration par les branchies et leur battement crée un courant qui dirige les particules alimentaires vers la bouche.
Ils nagent sur le dos et fréquentent les mares à assèchements périodiques ainsi que notre lac temporaire des Rives.
J'ai détaillé leur morphologie sur d'anciennes photos d'individus vivants. Notez les ovocytes visibles dans les segments abdominaux de la femelle.
La parthénogenèse existe chez
C. diaphanus chez qui les mâles sont moins nombreux que les femelles mais l’accouplement est la règle lors de conditions défavorables.
C. diaphanus mâle déploie sa seconde paire d'antennes hypertrophiées en forme de pince ainsi que ses appendices céphaliques à la femelle. Si celle-ci ne s'éloigne pas, le mâle l'approche par en dessous et par derrière, et la saisi avec sa "pince". L'accouplement peut se prolonger pendant des heures.
La ponte se compose d'environ 300 oeufs, au stade gastrula (les 3 feuillets de l'embryon), d'un diamêtre d'environ 250 micromètres (voir photo).
Leurs œufs peuvent résister très longtemps à l’assèchement, aux acides et enzymes gastriques des prédateurs, au gel et à l'enfouissement prolongé, restant viables même en conditions anoxiques pendant des années.
(Des œufs d'
Artemia, une espèce voisine, soumis à l'eau bouillante, congelés dans l'azote liquide, et même exposés au vide spatial lors d'une mission de la navette spatiale américaine, sont restés viables.)
Ils sont facilement dispersés par les oiseaux car ils sont garnis de reliefs facilitant l’accrochage, comme les graines de plantes exozoochores (gaillets, bardane, etc). Le vent et la boue transportée par les pattes des animaux, y compris le bétail (ou les naturalistes), qui pataugent dans l'habitat, sont également responsables de la dispersion des œufs.
La consommation d'œufs par les prédateurs contribue à la répartition des populations. Ces prédateurs (oiseaux, amphibiens, etc.) excrètent des œufs viables dans leurs excréments, souvent ailleurs que là où ils ont été consommés.
Si les conditions sont favorables (températures de l’eau entre 5 et 22°C), ces œufs transportés peuvent éclore et donner naissance à de nouvelles populations mais seule une fraction des œufs de chaque ponte éclot à chaque inondation. C'est une stratégie de « diversification des risques », car si tous les œufs éclosent et que l'habitat s'assèche avant que les crevettes puissent se reproduire, la population disparaîtrait. Comme seule une fraction des œufs éclot, un habitat donné peut être rempli et asséché de nombreuses fois, avec une éclosion à chaque fois.
La maturité sexuelle de
C. diaphanus est atteinte au bout de 4 semaines pour une durée de vie d'environ 3 mois.